Le zéro déchet, un nouveau défi

A l’heure du tout-jetable et du plastique à usage unique, les Français sont de plus en plus nombreux à se mettre au zéro déchet et à consommer de façon raisonnée.

Paris, XVIIIe arrondissement. C’est au pied de la butte Montmartre que la Maison du zéro déchet a ouvert ses portes le 1er juillet 2017. Il s’agit du premier lieu de la capitale dédié aux démarches zéro déchet, créé à l’initiative de l’association Zero Waste France. « L’idée, c’est de sensibiliser les gens et de les aider à approfondir leur démarche », explique Catherine, bénévole. Dans les rayons, des produits surprenants : couches lavables, savons solides, gourdes en inox, sacs en tissus, vinaigre blanc… Tout pour un équipement zéro déchet idéal.

Si plus de 800 personnes ont contribué à la campagne de financement participatif de la Maison du zéro déchet, ce n’est pas un hasard. Le traitement des déchets et le tout-jetable font polémique. Ce qu’illustre parfaitement le succès du blog d’Aline Gubri, Consommons sainement. Deux ans après son lancement, cette étudiante en environnement à la Sorbonne donne des conférences dans toute la France, a rassemblé une communauté de 35000 personnes sur Facebook et publié un livre, Zéro plastique zéro toxique (éditions Thierry Souccar), en novembre dernier. C’est en tombant sur un article écrit par Lauren Singer, une figure de proue du mouvement à New York, qu’Aline Gubri a pris conscience qu’elle n’était pas aussi « écolo » qu’elle le pensait. « J’ai d’abord été très sceptique, je me suis dit que c’était cher et fastidieux. Mais ma curiosité a pris le dessus », explique la jeune femme.

Elle a alors commencé à créer ses propres recettes de cosmétiques et de produits ménagers. « J’ai testé plusieurs recettes de déodorant et je me suis rendu compte que ça fonctionnait très bien avec simplement de l’huile de coco et du bicarbonate de soude ». Aline Gubri a ensuite acheté des vêtements de seconde main, s’est mise à faire ses courses en vrac et à consommer local. Un an plus tard, elle s’est débarrassée de sa poubelle. Après quelques années de « transition », la jeune femme produit l’équivalent d’un bocal en verre de déchets annuels.

Une forme de militantisme

Camille Marion pensait également que réduire ses déchets allait être compliqué. Mais il s’est rapidement rendu compte qu’il lui suffisait de changer ses habitudes et de prendre un nouveau rythme. « J’ai la chance d’habiter dans le centre de Paris, il y a donc beaucoup de choix de boutiques en vrac », explique cet architecte de 32 ans. Sa transition s’est réalisée en douceur et l’a amené à rejoindre l’association Zero Waste France, où il est coordinateur.

Quant à Mounia El Kotni, ce sont ses voyages en Asie qui lui ont fait prendre conscience du problème des déchets. Mais le déclic s’est véritablement produit lorsqu’on lui a partagé sur les réseaux sociaux une vidéo montrant une tortue avec une paille coincée dans les narines. Depuis, elle a fondé le collectif « Bas les Pailles » avec sa sœur et deux amies. Le quatuor a lancé une pétition pour interdire l’usage des pailles en plastique en France, qui a remporté à ce jour plus de 40000 signatures. « La France a annoncé que les couverts jetables en plastique allaient être bannis, mais malheureusement les pailles ne sont pas concernées par la loi sur la vaisselle jetable », déplore Mounia El Kotni. En plus de référencer les restaurateurs qui refusent d’utiliser des pailles, le collectif « Bas les Pailles » multiplie les actions coup de poing, avec notamment la « journée sans pailles », le 3 février.

« L’essor de la démarche zéro déchet observé depuis quelques années provient d’une forme d’exaspération », explique Christian Duquennoi, chercheur, spécialiste de la gestion des déchets. Au départ du mouvement, ce sont les installations polluantes comme les décharges et les incinérateurs qui ont exaspéré les riverains. « Mais aujourd’hui, ces démarches visent essentiellement la réduction de la production de déchets et rejoignent la consommation frugale. »

Ce ras-le-bol du tout-jetable semble être plutôt féminin. « Aux réunions d’information de Zero Waste, il y a systématiquement beaucoup plus de femmes que d’hommes », confirme Camille Marion. Une tendance que relève également Aline Gubri, assurant que sa communauté sur Internet est essentiellement féminine.

Prendre soin de sa santé

Réduire ses déchets dépasse le cadre de la salle de bain ou de la cuisine. Il s’agit également d’une question de santé, mise en avant par les récentes polémiques sur les tampons et les perturbateurs endocriniens dans les cosmétiques. « Si tout le monde arrêtait d’acheter des produits ménagers industriels, ce serait génial pour notre santé et pour l’environnement, déclare Aline Gubri, c’est pourquoi je veux sensibiliser un maximum de personnes à l’impact de ces produits sur le long terme. »

Le plus souvent, la démarche zéro déchet va de pair avec une alimentation saine et locale, comme pour Jean et Laure, un couple originaire du sud de la France. « Je mange bio, j’achète moins de viande et je favorise les circuits courts », décrit Jean, qui fait attention à sa consommation depuis une dizaine d’années. Il pointe toutefois du doigt « le manque d’incitation des politiques pour limiter les emballages et la faible offre présentée dans les commerces ».

« C’est l’addition de milliers d’actions individuelles qui changera les choses », rappelle Aline Gubri. A Paris en tout cas, le zéro déchet a le vent en poupe : après l’ouverture de la Maison du zéro déchet, c’est au tour de la municipalité de mettre en place une collecte des déchets organiques dans les 2e et 12e arrondissements. Actuellement en phase test, l’initiative pourrait être étendue à toute la ville. Si chacun y met du sien.

Anouch Bezelgues

 

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s