Oorja, la start-up qui utilise l’énergie solaire pour illuminer les villages indiens

450 millions d’Indiens vivent avec un accès limité à l’électricité. A la tête de la start-up Oorja, Clémentine Chambon et Amit Saraogi veulent changer les choses en fournissant de l’énergie verte aux ménages ruraux de l’Uttar Pradesh.

Les images de New Delhi asphyxiée par un épais brouillard toxique ont fait le tour du monde cette semaine. En Inde, les conséquences de la pollution atmosphérique et du changement climatique sont déjà visibles, entre pluies diluviennes dans le Tamil Nadu et sécheresse dans le Rajasthan. Troisième émetteur de gaz à effet de serre au monde, l’Inde produit les deux tiers de son énergie grâce au charbon, une industrie terriblement polluante.

Mais le gouvernement a pris des mesures drastiques à la COP 21 de décembre 2015 : multiplier par 25 en sept ans ses capacités de production d’énergie solaire et en faire la deuxième source d’énergie du pays. L’Inde est maintenant lancée dans une course effrénée pour atteindre ce but et les centrales solaires se multiplient. C’est dans ce contexte que la start-up Oorja, « énergie » en Hindi, a été cofondée en 2015 par Clémentine Chambon et Amit Saraogi.

« La consommation énergétique en Inde devrait doubler d’ici à 2030 », explique Amit Saraogi, « mais 450 millions de personnes disposent d’un accès limité au réseau électrique et utilisent des sources d’énergies polluantes comme le kérosène et le diesel. » Souvent inhalées dans des espaces confinés, de telles substances s’avèrent redoutables pour les poumons de ceux qui les manipulent.

Pour contrer ce phénomène et pour autonomiser les populations rurales, la solution d’Oorja est simple : proposer aux villageois des mini-réseaux de panneaux solaires. « Il s’agit de systèmes communautaires qui ont une capacité de 40 kilowatt, assez pour alimenter en électricité un village de 100 familles pendant un an. »

Oorja fournit des pompes d’irrigation solaire pour remplacer celles qui fonctionnent au diesel. L’objectif est d’accompagner les agriculteurs face aux changements climatiques qui modifient leurs habitudes. « Les sécheresses et les inondations sont de plus en plus fréquentes et les récoltes sont parfois perdues. Nous aidons les agriculteurs à irriguer leurs champs de manière écologique. » Les déchets agricoles sont également transformés en énergie via ce système hybride associant biomasse et énergie solaire.

Pour l’instant, Oorja est implantée dans l’état de l’Uttar Pradesh, dans le nord du pays, une région rurale et très densément peuplée. « La plupart des gens veulent se raccorder au réseau électrique pour développer leur business », explique le co-fondateur de la start-up. « En modifiant leurs conditions de travail, ils améliorent leur qualité de vie ». Un cercle vertueux essentiel dans un pays frappé par l’exode rural, où les jeunes quittent les campagnes faute de travail et finissent parfois dans des conditions d’extrême pauvreté dans les grandes villes.

L’objectif affiché par Oorja n’est pas seulement d’électrifier la région, mais de participer au développement de ces zones rurales. En termes d’éducation, si les écoles sont raccordées à l’électricité, les enfants peuvent étudier plus longtemps le soir et avoir accès à Internet. Les établissements de santé peuvent se doter d’infrastructures essentielles, comme de réfrigérateurs pour stocker les médicaments. Le passage à une énergie renouvelable participe également à l’intégration des femmes dans le tissu social. « Nous formons les femmes pour qu’elle devienne opératrice de cette chaîne et qu’elle participe à la maintenance des panneaux solaires. »

D’ici à 2019, Oorja souhaite se détacher des communautés rurales qui ont bénéficié des installations et les laisser s’autogérer. « C’est un système de micro-franchise, nous construisons les infrastructures, les installons puis nous laisserons les villageois s’en occuper. Bien entendu, nous serons là en cas de problème mais nous souhaitons autonomiser les villages. » Bien loin des distributeurs d’énergie classiques, Oorja pourrait être un véritable catalyseur dans le domaine du développement durable en Inde, pays qui sera peut-être plus peuplé du monde d’ici 5 ans.

Anouch Bezelgues

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