La peste sème la peur à Madagascar

Fin août, la peste a fait son retour annuel sur l’île. Selon les chiffres de l’OMS, elle aurait fait plus de 60 victimes dans les villes et les campagnes. Pays le plus touché au monde par cette maladie, Madagascar peine à endiguer l’épidémie et se retrouve confronté à ses problèmes sociaux.

Bien qu’ayant décimé entre 30 et 50% de la population du continent européen entre 1347 et 1352, la peste semblait appartenir au passé. Mais à Madagascar, la Mort Noire est endémique depuis les années 1980 et revient tous les ans au début de l’automne. En 2017, elle est particulièrement virulente : selon les chiffres de l’OMS, elle aurait fait 63 victimes depuis début septembre.

Cette année, les premiers cas se sont déclarés bien plus tôt que d’habitude, dès fin août au lieu de mi-septembre. D’habitude limitée aux campagnes pauvres et reculées, la maladie s’est invitée dans les villes, faisant des victimes dans les zones insalubres et les bidonvilles de la capitale Antananarivo. « C’est un ensemble d’éléments qui explique la persistance de foyers de peste, comme la dénutrition, l’extrême précarité de toute une partie de la population et la promiscuité », explique Didier S, responsable d’une ONG qui officie à Madagascar. L’intensification de la déforestation et les feux de broussaille sont également en cause. Ils font en effet fuir les rats, véritables réservoirs de bactéries, qui se rapprochent des villes et villages.

En plus de ces facteurs sociaux, les rites funéraires aggravent la situation. « Les familles ayant des décès causés par la peste veulent garder les corps par peur de la stigmatisation », déclare Julia H. de l’association humanitaire (…). « La peste est considérée comme une maladie honteuse, signe d’une mauvaise hygiène ». D’où la difficulté de convaincre les familles de confier leurs morts aux services sanitaires pour limiter les risques de transmission.

Tueuse silencieuse, la peste pulmonaire se propage par voie aérienne et peut foudroyer sa victime en 24 heures seulement. Sur la Grande Ile, la résistance s’organise. Les autorités malgaches ont assuré des dispositions pour que les ordures d’Antananarivo soient ramassées quotidiennement. De son côté, l’OMS a livré cette semaine 1,2 million de doses d’antibiotiques, et les contrôles ont été renforcés aux frontières, notamment aux Comores et dans les aéroports. Mais selon Didier S., « il faudrait d’abord s’occuper de la misère humaine et des conditions de vie pour éradiquer la peste ». Vaste programme dans un pays déjà fragilisé par la crise politique qui le secoue depuis 2009.

Pour lutter contre ce fléau dans l’immédiat, « il faut renforcer les décisions du gouvernement ordonnant la fermeture des écoles et des universités pour procéder à leur désinfection », explique Julia H., ajoutant « qu’il est crucial de se concentrer sur la prévention en ciblant les zones à risques et en soignant rapidement les personnes infectées ». Face à la gravité de cette épidémie, la rigueur est de mise. Sans compter que d’ici à quelques semaines, l’arrivée de la saison des pluies va compliquer l’accès des médecins et des traitements à certaines parties de l’île.

Anouch Bezelgues

 

 

 

 

 

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